Le bouturage

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Inépuisable source de renouvellement des plantes, le bouturage semble relever de la magie : un morceau de tige, une feuille, et voilà un nouveau pensionnaire! Nous vous invitons à découvrir les multiples facettes du bouturage des plantes d intérieur, une activité simple et fort plaisante.

Astuce: Les meilleurs organes à bouturer sont une jeune pousse non fleurie, au feuillage fourni, une jeune feuille bien développée, saine, bien verte, un tronçon de tige vigoureuse. Attendez, pour prélever des boutures, si la plante a souffert de la sécheresse ou d'un excès d'eau; vous risqueriez d'obtenir des plantes chétives.

Il existe mille et une façons de bouturer les plantes d'intérieur. La méthode la plus courante consiste à provoquer l'enracinement d'un fragment de tige. Les tissus végétaux qui se régénèrent le mieux sont des tissus encore jeunes, sains, riches en eau, aussi choisissez toujours pour le bouturage une pousse terminale vigoureuse, qui ne présente aucune déformation, ni la moindre trace de parasitisme...
La nature des boutures
Pour les plantes d'intérieur, on distingue les boutures dites herbacées, prélevées sur des tiges tendres : hypoestes, misère, flttonia, coléus, etc., et les boutures semiligneuses ou semi-aoûtées, coupées sur des tiges lignifiées (dures) à la base, mais encore herbacées (molles) à leur extrémité : crotons, ficus, dieffenbachia, bougainvillée, etc. Les parties terminales sont toujours partiellement herbacées, puisque les plantes de la maison ne perdent pas leurs feuilles en hiver.

Les boutures terminales
Elles sont coupées à l'extrémité des tiges ou des pousses, avec le bourgeon terminal, siège de la croissance de la plante. Pour les prélever, utilisez des ciseaux à bonsaïs ou de fleuriste, un greffoir ou un petit sécateur pour obtenir une coupe propre et nette. Tranchez au-dessus d'une feuille ou d'une paire de feuilles, afin de ne pas laisser un moignon de tige nu. La longueur de la bouture dépend de la longueur des entre-noeuds, portions de tiges qui séparent les points d'insertion des feuilles. Pour les tiges à entre-noeuds courts et à feuillage fourni, comme la misère ou l'hypoestes, une bouture de 5 à 8 cm de long suffit. Comptez de 10 à 15 cm pour les grandes plantes à entrenoeuds longs, comme le caoutchouc, le scheffléra ou le fatshédéra.
On désigne par « habillage » la préparation de la bouture. Commencez par recouper la base dit rameau juste sous le noeud ou l'oeil inférieur, c'est là que se formeront les racines. Utilisez au besoin une lame de rasoir pour laisser une coupe parfaitement propre et nette. Supprimez les feuilles inférieures de la bouture, pour éviter qu'elles ne pourrissent au contact de l'eau ou du terreau et pour limiter les pertes d'eau par évaporation. Ne conservez que deux ou trois grandes feuilles et jusqu'à cinq toutes petites (moins de 5 cm de long). Coupez le limbe de moitié, pour limiter les pertes d'eau. Ne touchez pas les feuilles coriaces et lustrées (comme celles du caoutchouc), bien adaptées à la sécheresse et qui transpirent peu. Si la tige est lignifiée à la base, trempez-la dans de la poudre d'hormones.
Certaines boutures de tiges ligneuses (sparmannia, jasmin) reprennent mieux si elles portent à la base un petit éclat du bois de la tige principale (bouture à talon). Pour les prélever, détachez une pousse latérale avec un morceau d'écorce, en tirant vers le bas. Réduisez proprement le lambeau arraché, entre 1,5 et 2 cm de long, puis procédez comme pour les autres boutures.
Piquez les boutures individuellement dans des godets ou par groupe de trois à cinq dans un pot. Utilisez un terreau de semis, léger et drainant, ou un mélange à parts égales de sable de rivière et de tourbe blonde ou de vermiculite. Pour les plantes à tiges souples, forez un trou avec un bâtonnet et insérez la bouture dedans, sans abîmer les tissus. Enfoncez la base de la bouture d'un bon tiers de sa longueur. Tassez délicatement autour de la tige pour la maintenir en place, puis arrosez avec un vaporisateur ou une pomme fine, pour ne pas coucher les boutures. Placez les godets en miniserre ou sous un sachet de plastique transparent, maintenu par un arceau ou deux tuteurs. C'est l'idéal pour entretenir une atmosphère chaude et humide, propice à l'enracinement.

Comptez environ 2 mois pour un bon enracinnement

Quelles plantes bouturer?
Les plus faciles à bouturer dans la maison sont les plantes à tiges molles, non lignifiées : misère, hypoestes, plectranthe, syngonium, piléa, coléus, impatiens, irésine, lierre, etc. Il est possible de les bouturer toute l'année.
Les grandes plantes à tiges plus dures sont un peu plus délicates à bouturer. Cette opération doit être réalisée de juin à la mi-septembre, les tissus coupés formant plus facilement des racines pendant cette phase de croissance active.
Notez quelques exceptions : les palmiers et les cycadacées ne se bouturent pas, car la tige ne possède qu'un unique bourgeon, terminal. Les fougères, qui forment des touffes de feuilles et non de tiges, ne réussissent pas par bouturage. Il en va de même pour les plantes annuelles, dont les tiges meurent après la floraison.
Boutures de feuilles
Chez les plantes acaules, c'est-à-dire sans tiges, ou celles qui forment des rosettes, la seule possibilité pour réaliser des boutures consiste à utiliser une feuille ou un fragment de feuille. Toutes les espèces ne s'enracinent pas de cette manière (les broméliacées notamment sont réfractaires), mais on réussit bien les plantes suivantes bégonias à feuillage décoratif, pépéromia, gloxinia, saintpaulia, streptocarpus, crassula, sédum, échevéria, etc. On distingue deux types de boutures.
Les boutures de feuilles entières : elles s'effectuent en plantant le pétiole dans la terre, avec la feuille dressée pour les espèces à petites feuilles comme le Saintpaulia, le Peperomia caperata, le Pileacadieri, les plantes grasses. L'enracinement se produit alors à la jonction entre la feuille et le pétiole. Chez de nombreux bégonias ou le Streptocarpus hybride, les feuilles sont posées à plat sur le sol, les nervures de la face inférieure étant légèrement incisées avec une lame de rasoir ou un greffoir. C'est au niveau de ces incisions qu'apparaissent des plantules.
Choisissez de jeunes feuilles bien développées, ne présentant ni tache ni coloration suspecte. Avec un outil tranchant, détachez le pétiole au niveau de son point de naissance, puis recoupez-le à 3 ou 4 cm du limbe. Chez les plantes pas trop tendres ni duveteuses (piléa, pépéromia), enduisez la base du pétiole de poudre d'hormones de bouturage additionnée d'un fongicide. Remplissez une terrine de terreau de bouturage allégé par 20 % de vermiculite ou de perlite. Creusez un trou en plantant la pointe d'un crayon ou une tige de bambou dans le substrat, et glissez le pétiole dedans, en position légèrement oblique, de façon à ce que la base de la feuille se pose sur la surface du terreau. Humidifiez le substrat sans mouiller les feuilles, ce qui risquerait de favoriser le développement de la pourriture. Abritez la terrine dans une miniserre, avec si possible un chauffage de fond, une température de 25°C étant idéale pour la reprise. Installez votre culture pendant quelques semaines dans un endroit clair mais protégé du soleil direct, le temps que se développent des plantules à la base des feuilles. Réalisez toujours plusieurs boutures de feuilles car le taux de réussite est parfois faible (comptez environ 50%).
Le bouturage de fragments de feuille on utilise seulement un morceau du limbe foliaire, de nouvelles plantules se formant au niveau des nervures. Cette méthode économique est employée pour le Begonia rex, le Begonia massoniana, le Streptocarpus hybride, et la sansevière. Notez un phénomène étrange chez cette dernière, en dépit du fait que le bouturage soit un clonage et qu'il doit normalement produire des plantes identiques au pied mère, chez le Sansevieria trifasciata `Laurentii', les bordures jaunes des feuilles ne sont pas reproduites par le bouturage, les plantes obtenues étant toutes vertes. Les boutures sont plantées verticalement dans le substrat, enterrées de 2 cm (la moitié de leur longueur). Les conditions de culture sont similaires pour les feuilles entières.

Découpez la tige en tronçons

Poser les fragments à plat

Il faut compter 2 mois

Boutures de tronçons de tige
Les plantes à tiges épaisses, charnues, assez peu lignifiées, comme les dracaena, dieffenbachia, pléomèle, cordyline ou yucca, se multiplient en bouturant des fragments de tige de 3 à 5 cm de long.
Choisissez de préférence une tige jeune et vigoureuse. Coupez la couronne de feuilles terminale et faites-la ratiner comme une bouture de tête. Découpez la partie de tige dénudée en tronçons réguliers. Chaque fragment doit porter deux ou trois yeux, petits renflements marquant l'emplacement des anciennes feuilles et où se trouvent des bourgeons dormants. Utilisez une lame de rasoir ou un greffoir bien propre pour obtenir des coupes nettes et planes. Piquez les tronçons verticalement dans un terreau de semis, en respectant le sens de la croissance de la tige, ou bien posez-les à plat à la surface de la terrine, en les enterrant de la moitié de leur épaisseur. Pour faciliter l'enracinement, incisez superficiellement l'écorce de la partie qui se trouve au contact du terreau, et saupoudrez avec de la poudre d'hormones de bouturage. Arrosez puis installez les pots sous une miniserre ou couvrez-les d'un film plastique transparent. Maintenez la culture dans une ambiance chaude (entre 22 et 25°C) et humide, sous une lumière tamisée. Comptez un mois et demi à deux mois pour qu'apparaissent de petites pousses sur les tronçons bouturés. Supprimez progressivement la couverture de verre ou de plastique, mais maintenez les boutures au chaud, et offrez-leur de fréquentes vaporisations d'eau.

Quelques bons conseils
Une hygrométrie élevée est indispensable pour compenser les pertes d'eau des boutures, qui doivent survivre avec leurs propres réserves. Une miniserre est précieuse car elle accélère l'enracinement et augmente le taux de reprise des boutures. La température moyenne d'un intérieur (entre 18 et 20°C) convient à la plupart des boutures, mais l'idéal est de 25 °C. Posez les terrines sur la plaque de protection d'un radiateur ou utilisez une miniserre munie d'une résistance chauffante.
Exposez les boutures à la lumière vive, mais sans soleil direct pour éviter les brûlures des jeunes feuilles ou des pousses. La poudre d'hormones, de préférence additionnée d'un fongicide, est destinée aux boutures ligneuses. Cette poudre blanche ne doit pas s'amalgamer autour de la tige, car cela est néfaste à l'enracinement (risques accrus de pourriture).

LA BOUTURE À L'ENVERS
Le papyrus (Cyperus alternifolius) est facile à multiplier, en faisant ratiner dans l'eau une ombelle de bractées retournée. Au printemps ou en été de préférence, coupez une ou plusieurs ombelles (non desséchées, encore jeunes) avec quelques centimètres de la tige qui les porte. Recoupez les feuilles (en réalité des bractées) du tiers ou de la moitié de leur longueur et posez l'ombelle retournée, tige vers le haut, à la surface d'une coupelle remplie d'eau (additionnée d'un petit morceau de charbon de bois pour que l'eau reste claire). Vous observerez rapidement la formation de racines et de nouvelles pousses au niveau de la partie immergée. Rempotez l'ombelle quand elle a formé quelques racines, en la posant à la surface d'un godet rempli de terreau de rempotage ordinaire. Maintenez le substrat bien humide en permanence.
Les boutures dans l'eau
C'est la technique de multiplication la plus simple, tout à fait recommandée pour les débutants. Elle consiste à plonger la base d'une pousse ou le pétiole d'une feuille dans l'eau, afin de provoquer le développement des racines. De nombreuses plantes d'intérieur à tiges molles — misère, phalangère, coléus, plectranthe, lierre, fittonia, hypoestes, impatiens, cissus, plante crevette (bélopérone), gunnéra — donnent de bons résultats avec des fragments de tiges de 7 à 12 cm de long. Pour les plantes plus robustes — dieffenbachia, Ficus benjamina, pothos, fatshedera, scheffléra, syngonium —, les boutures doivent mesurer entre 15 et 25 cm de long. Certaines feuilles — saintpaulia, bégonia rex, sanseviere, aglaonéma —, se prêtent aussi au bouturage dans l'eau. Les palmiers, les fougères et les orchidées vous conduisent à un échec certain. Réalisez des expériences variées, vous aurez peut-être une bonne surprise!
Seules s'enracinent bien dans l'eau les boutures terminales. Recoupez la base de la bouture juste sous un noeud (partie légèrement épaissie de la tige portant feuilles et bourgeons) car c'est là que se forment le plus facilement les racines. Supprimez les feuilles inférieures, de façon à ce que seule la tige trempe dans l'eau. Dans le cas d'une feuille avec son pétiole, ce dernier doit être proprement coupé à 4 ou 5 cm de longueur. Préparez le récipient pour accueillir une ou plusieurs boutures : petit vase, éprouvette, pot à confiture, verre à moutarde... Certaines boutiques de décoration proposent aussi des modèles de récipients décoratifs, spécialement destinés à cet usage. Remplissez d'eau claire et ajoutez un petit morceau de charbon de bois, dont les propriétés antiseptiques éviteront que l'eau ne se souille trop rapidement. Quelques gouttes d'engrais liquide serviront à « alimenter » la bouture en éléments nutritifs.
Un engrais organique, plus riche en vitamines et en auxines, donne d'excellents résultats. Comptez environ 10 gouttes pour 1 litre d'eau.
Si le récipient est large, trouvez un moyen de maintenir les feuilles en place sans qu'elles soient s'immergées, ce qui provoquerait l'échec (pourriture). L'extrémité supérieure de la bouture doit toujours être maintenue hors de l'eau. Il suffit de couvrir l'ouverture du récipient avec une feuille de papier aluminium ou un film plastique étirable, et d'y forer un ou plusieurs trous pour y glisser les boutures.
Les boutures de plantes grasses

Bouturez au printemps les cactus et les succulentes. Après les avoir prélevées, laissez les boutures sécher à l'air pendant deux ou trois jours, le temps qu'une petite peau se forme sur la partie coupée. C'est sur ce cal cicatriciel qu'apparaissent les racines. Plantez les boutures dans un mélange à parts égales de tourbe et de sable grossier. Piquez la base de la feuille ou de la pousse dans le mélange, en l'enterrant le moins possible. Arrosez à peine.

Les soins après la reprise
Quelle que soit la technique utilisée, il faut repiquer les boutures, sans trop attendre, dès qu'elles sont prises. La reprise est manifeste dès qu'apparaissent de nouvelles feuilles ou une petite pousse. Dans le cas de boutures réalisées dans l'eau, le repiquage doit s'effectuer dès que les racines atteignent de 3 à 5 cm de long. Les boutures groupées dans le même pot ou dans une terrine présentent généralement des racines emmêlées. Vous pouvez réduire leur longueur d'un tiers sans problème. Veillez toutefois à déterrer avec précaution les boutures en les soulevant avec un transplantoir ou avec une fourchette afin de ne pas abîmer les racines. En aucun cas, il ne faut tirer sur la plante, les racines étant très cassantes à ce stade de développement. Installez chaque nouvelle plante dans du terreau de rempotage allégé par 20 % de sable. Une bonne solution consiste à disposer en triangle trois boutures, dans un pot de 12 cm de diamètre, ce qui permettra d'obtenir plus rapidement une touffe assez décorative. Maintenez les boutures repiquées sous une cloche ou un film plastique pendant un mois environ. Ensuite, découvrez la culture afin d'endurcir les plantes, mais continuez à entretenir une forte hygrométrie par des vaporisations quasi quotidiennes. Dans un premier temps, une exposition mi-ombragée est souhaitable, mais dès que la plante a développé quatre feuilles, elles peut être placée au soleil. Attendez un mois avant de donner de l'engrais. Le premier apport sera effectué avec une solution dosée à la moitié de la concentration préconisée sur l'emballage.
BOUTURAGE D'UN ANANAS
Savez-vous que vous pouvez bouturer la couronne de feuilles qui se trouve au sommet d'un ananas? Il formera avec le temps une impressionnante rosette de feuilles épineuses, mois- n'aura pas le feuillage panaché de l'ananas proposé comme plante d'intérieur.
Choisissez un beau fruit bien frais, dont la couronne de feuilles ne présente pas de signes de sécheresse. Coupez à 2 cm sous la touffe de feuilles, avec la calotte supérieure du fruit. Laissez sécher la coupe 24 heures pour éviter qu'elle ne soit trop humide et ne risque de pourrir. Placez-la ensuite en surface d'un pot rempli de terreau de bouturage, en enfonçant légèrement la partie supérieure du fruit. Arrosez sans excès et couvrez le pot de plastique transparent, sur un arceau, pour créer une ambiance chaude et humide. Placezez le pot sous une source de lumière.

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