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AVRIL

Il est bien rare qu'avril n'ait pas, un jour ou deux, un peu de neige à son chapeau. Cette neige éphémère nommée justement "neige du coucou" car elle arrive souvent en même temps que ce "mal logé" ! Rien pourtant qui puisse désespérer le jardinier impatient de redescendre au jardin. Là-haut dans un ciel qui n'en finit pas de prendre son tub sous les dernières giboulées, les nuages s'effilochent comme la queue d'un cerf-volant. On ne sème bien, dit-on, la citrouille et le potiron que le vendredi saint pour avoir de grosses récoltes. Peut-être simlement parce que la graine est plus lourde que les autres et qu'elle résiste mieux aux vents puissants qui affolent la girouette grinçante du dimanche des rameaux. Là-bas dans le verger où les branches bourgeonnantes des pommiers agitent leurs cils de minuscules feuilles vertes, les cerisiers accrochent leur écharpe de pétales blancs aux premiers rayons du soleil, le merle, ce Mylord l'arsouille de nos jardins, déambule, grave et ivre, dans les carrés fraîchement semés. Le lilas joue sur tous les tons de roses son aubade parfumée tandis que la glycine se tord les doigts sur les barreaux de la grille en attendant de se mettre du bleu aux ongles; forsythias, cytises, semblent déjà avoir fait prisonnière la lumière... Le jardin d'avril a un parfum de bouquet!
L'heure a sonné de courir au jardin

MAI

Mai ta main dans la mienne » chante la petite fille dans sa ronde enfantine, comptine, du mois de l'aubépine. Mois de l'alliance où la fleur se noue et où le fruit perce. « Je suis le franc roy de l'année, je suis le mois de May pour qui parée est mainte belle demoyselle » Jouez pipeaux des bergers, que vos notes harmonieuses chassent les derniers saints de glace de nos jardins. Mai, le mois où tout se plaît dans la terre : le géranium frileux, l'endive robuste, le jeune glant repiqué sorti de son châssis, le melon promesse de douceurs... les cerises en rosissent déjà de contentement.
Mai-Floréal que Charlemagne appelait, lui qui n'a jamais eu la barbe fleurie, le mois des prairies. Il est vrai que l'herbe de mai est douce pour les galipettes et sur le tapis vert, nombreux sont ceux et celles à jouer à qui perd (sa vertu) gagne (beaucoup de contentement). En mai, ne faut-il pas faire tout ce qui nous plaît! Mai c'est aussi le mois de la rosée matinale. De cette rosée espérée et redoutée à la fois pour le jardinier qui sait qu'elle peut également tout défaire et tout remettre. Par contre, il ne craint pas la fraîcheur en ce mois : « Frais mai et chaud juin amènent pain et vin. » De mai, n'en n'oubliez pas le muguet, petites clochettes accrochées à la porte de votre jardin, il annonce en tintinnabulant le printemps dans sa plénitude.

JUIN

De mémoire de rose, dit-on, on n'a jamais vu mourir un jardinier, et de mémoire de chêne, alors!... Au jardin, comme dans la vie, la relativité des choses et des êtres est partout présente. On aimerait que le temps se fige à la roseraie et entre le bouton frémissant sous la rosée du matin, ce coeur parfumé à midi et la strip-teaseuse fripée qui donne son ultime représentation à l'heure où la lune s'allume, il s'est à peine écoulé quelques heures, un siècle de jardinier rêveur. Combien en avons-nous vues disparatre de ces roses que nous aimons tant, au cours des divers hivers cruels, pourtant les plus belles, les pli robustes sont là sous notre regard amoureux, nous caressant de leur parfum unique... Le bonheur en quelques pétales sur fond de feuilles luisantes qui nous guette en cette saison au coin de l'allée. La grande aventure des roses recommence et je sens que je vais une nouvelle fois « craquer », oubliant les traces cuisantes d'une bonne taille, la lutte acharnée contre les liserons et les « gourmands ». les griffages et les mille autres soins à base d'engrais ou de bouillie bordelaise qu'il m'a fallu leur prodiguer sans compter.


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