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Les salades d'hiver

« Ruffec », « Reine d'hiver », « Cornet d'Anjou », « Cornet de Bordeaux » : ces noms vous cisent quelque chose ? Alors, c'est que vous êtes un véritable amateur de salade et que vous connaissez ces variétés de la chicorée frisée (les deux premières) et de la chicorée-scarole (les deux dernières).

Même si vous n'étiez pas instruit de ces dénominations qui ont des saveurs de vieux terroir, notez-les: ce sont en effet ces variétés qu'il faut semer maintenant pour les déguster jusqu'au coeur de l'hiver si vous habitez une région à hiver doux, jusqu'en octobre partout ailleurs.

Tout sol ordinaire, même argileux, convient à cette culture facile et qui doit être d'un excellent rendement pour peu que l'on prenne quelques précautions.

Tout d'abord, dans la préparation du terrain. Le meilleur de tous est celui où ont poussé des haricots; si vous disposez de telles planches, réservez-les à vos salades. Si, par contre, vous n'êtes pas sûr de la richesse de votre sol, avant de semer enfouissez-y par griffage un engrais riche en acide phosphorique et en potasse dans la proportion de 50 g par mètre carré. Défoncez bien la terre et émiettez-la en surface. Évitez, en tout cas, d'apporter du fumier frais.

On peut semer ou directement en place, ou en pépinière. Un gramme de graines répandues sur un demi-mètre carré, fournira les plants nécessaires pour 10 m2 de plate-bande.

Le semis s'effectue à la volée et l'on ne recouvre pas trop la graine. Les plantes lèvent très vite. On les éclaircit alors à 20-30 cm en tous sens et l'on soulève un peu, à la fourche, ceux qui restent en terre. (Attention : il ne faut surtout pas les déraciner.) Ce petit coup de fourche (qui est d'abord un « tour de main ») accélérera leur croissance.

Si vous avez semé en pépinière, repiquez les plants en place. Les chicorées et les scaroles que l'on a choisies de cultiver ne doivent pas être enterrées trop profondément. Les vieux jardiniers désignent d'une expression charmante la méthode qu'ils leur appliquent, ils disent qu'ils les repiquent « à collets flottants ». Ce qui signifie que le collet des jeunes plants reste visible juste au-dessus de la surface du sol. (Le collet est la partie d'où partent les feuilles.) On peut repiquer ces salades d'été même quand elles sont très développées mais il faut alors rafraîchir les racines et couper l'extrémité des feuilles les plus développées.

A partir de là, l'essentiel est de conserver sa fraîcheur au sol par des binages fréquents et des arrosages réguliers.

Ces derniers doivent impérativement être effectués au goulot car il faut éviter de mouiller les feuilles. Cette précaution est capitale, car cette humidité favoriserait l'apparition de maladies pratiquement impossibles à guérir, en sorte que vos plants de salades seraient perdus !

En cours de culture, à l'occasion d'un binage, si vous le jugez utile, renforcez la richesse du sol avec un peu de nitrate de soude : une pincée dans un arrosoir plein que vous déverserez, bien entendu, au goulot...

Les maladies qui, avec les ravageurs, menacent les salades ne peuvent être traitées que par des produits chimiques souvent dangereux. Parmi les symptômes les plus courants, retenez : la pourriture du collet, qui se traite avec du Manèbe et qui est souvent le résultat d'arrosages excessifs ; l'étiolement de la plante, causé par l'invasion des racines par des pucerons et qui se traite avec un « insecticide-sol » ; l'apparition de poussière jaune et de brunissures appelée « Rouille des feuilles » que l'on soigne, aussi, avec des produits à base de Manèbe ; la formation de moisissure blanche sur la face interne des feuilles, dite « meunier », qui se traite au Manèbe ou au Zinèbe.

Mais encore une fois,ces traitements ne peuvent être effectués qu'à titre préventif, pour faire disparaître tous les germes nocifs de vos cultures et de leur sol, Et le mieux est, ensuite, d'arracher toute la plate-bande malade (et de brûler les salades). Et de tout recommencer à partir du semis. Ce n'est pas une si grande affaire, ces salades d'hiver poussent vite.

En aucun cas ne tentez de les semer avant ce mois d'août : vous auriez toutes les chances, alors, de les voir monter à graine très rapidement.

Pour obtenir ces feuilles blanches, si tendres et si savoureuses qui sont aussi indispensables à la salade que le tablier au jardinier, la méthode est simple : or relève les feuilles en les attachant avec un raphia. Vers leur base d'abord puis, jour après jour, de plus en plus haut. On commence cette opération « blanchiment » une dizaine de jours avant la récolte, après évaporation de toute la rosée matinale, et au fur et à mesure des besoins.

Mais attention, plus que jamais il faut arroser les salades au goulot et éviter de mouiller les feuilles.


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